Guest Room

Chronique de la vie de quartier – 2 – Vendredi

Ce matin, je me lève tôt car une grosse journée s’annonce, en effet, je dois retrouver mon chat…

Dès 10h, je suis sur le champ de bataille…

Après quelques coups de fil aux véto, SPA et à l’ ‘École du Chat Libre’, j’entreprends la conception de l’affichette sur Open Office. Autant il y est facile de taper une page standard, autant il devient très laborieux de travailler sur un format différent. Après deux heures à errer dans les onglets Édition, Format et autres Propriétés, je finis par réaliser une affichette correcte.

A midi, je bouscule quelques colporteurs et me faufile dans le cybercafé de la place Schumann. Là, on me confie le poste n°7. Sur un clavier douteux, j’envoie l’impression et récupère au guichet mes vingt affichettes.

Puis, sur la route, je croise la voisine d’en-face et commence, auprès d’elle, mon enquête de proximité : bingo, elle a aperçu un chat, répondant au signalement, traverser maladroitement la rue de la Concorde. Ce sera donc mon territoire d’investigation.

Je passe tout de même au laboratoire de prothèse dentaire car ils ont une grande vitrine poussiéreuse qui donne sur la rue. Depuis que nous sommes voisins, j’aperçois de l’extérieur une jolie blonde généralement concentrée sur des fabrications de dentiers. Elle est bien là, dans l’ambiance sinistre du laboratoire, mais hélas, n’a rien vu. Je vais ensuite poser une affichette au bureau de tabac de la rue Matabiau. Le patron, très aimable, est une vivante campagne anti-tabac. Ayant subi une trachéotomie et s’exprimant dès lors, comme Dark Vador, il figure la parfaite culpabilité du fumeur : « fume et, comme moi, tu deviendra ». Il accepte gentiment d’afficher le portrait d’Aladin.

Je colle ensuite, par ci, par là , mes affiches sur les parcmètres en direction de rue de la Concorde. Là, je commence par l’institution du quartier : le bar de la Concorde. Un bar à bobos avec une terrasse où on peut lire le journal local au soleil. Le serveur m’informe que la serveuse du matin, Viviane, s’occupe des chats du quartier… Youpi ! J’avance à grands pas dans mon enquête ! Pour fêter ça, je reprends une bière et entreprends l’horoscope et les faits divers du jour, mais ma satisfaction du travail bien fait est interrompue par téléphone: C’est Cyrille, le rédac-chef, qui s’inquiète de l’article.. . Je lui promets un papier sur la place de Belfort, où je me rends donc sans attendre…

chats2

«  La Place de Belfort à été fondée en 1873 à l’emplacement d’un castelet militaire. Son nom et celui des rues avoisinantes fait référence aux grands faits militaires napoléoniens. L’après midi, c’est sur la terrasse du Fournil de Belfort que je viens me poser tranquillement. On y trouve ce qu’aucune place de Toulouse propose, c’est à dire, le soleil à toute heure, un café pas cher et des voisins de table toujours prêts à engager tranquillement la conversation. Des voisins comme vous n’en trouverez pas ailleurs, non plus, à Toulouse… C’est que le quartier, réputé pour être ‘mal famé’, offre un beau mélange de genres : on peut ainsi y croiser les ‘travailleuses du sexe’ (euphémisme sociologique) à la pause café et les écouter parler de la crise du métier, vous pouvez aussi vous faire offrir un verre par un ancien militaire ou par un jeune à casquette… Le temps passe ainsi, agrémenté des conversations de personnages divers.

Si l’on s’ennuie, le regard vient se poser instinctivement sur une rudimentaire structure de ciment et de briques (la brique est une obligation contractuelle de toute construction toulousaine). Le comité de quartier a bien tenté de l’agrémenter de quelques œuvres dites de ‘street art’, afin d’en cacher la laideur, mais le résultat reste peu probant.

Si vous voulez épater vos voisins de terrasse, apprenez-leur alors que ces drôles de bâtiments sont des ascenseurs… Des ascenseurs à voitures censés mener à de vastes parkings souterrains qui n’ont jamais fonctionné, pour cause d’un coût d’entretien prohibitif. Dieu sait ce que l’on pourrait faire de ces mystérieuses catacombes modernes ! 

On y trouve aussi un cybercafé, le Beyrouth Café, sis dans de beaux bâtiments art-nouveau, ancienne adresse de la ‘Brasserie Alsacienne de Toulouse’, inventeur de la fameuse ‘Bière de Luxe Mon Plaisir’. »

Je finis la mienne et plie bagage, car passer mon temps à scribouiller sur les terrasses de cafés a fini par m’épuiser…

Après une bonne sieste, je m’avise que le soir est tombé et prend mon poste devant la porte de la maison, armé cette fois si d’une gamelle de croquettes (des Friskies, c’est dégueulasse mais aucun chat ne peut y résister… Ça a un peu le même effet qu’un big mac pour un ado).

Là, j’attends un bon bout de temps en poussant de misérables miaulements sans que rien ne se passe, si ce n’est quelques passants éméchés qui me regardent bizarrement…

C’est alors, que j’entends, parmi les bruits de la villes, d’infime petits gémissements de chats… A quelques mètres de moi, je repaire un soupirail dénué de grilles devant lequel je dépose la gamelle de friskies…

Quelques minutes passent encore, avant qu’ apparaisse, comme surgissant des enfers, un frétillant petit museau gris… Je miaule derechef !… Alors, doucement, craintivement, un magnifique jeune chat argenté se lève devant moi. Maigre comme un clou , il parait si affamé et dévore les croquettes avec un tel empressement que je crains qu’il ne s’étouffe !

Je pars en courant lui chercher un bol d’eau. A mon retour, il est de nouveau caché dans son trou ! Je l’en fais ressortir par quelques miaulements d’encouragement et lui, timidement, vient se frotter contre moi, émettant quelques gutturaux ronronnements.

« Bon, ça n’est pas tout à fait Aladin, mais s’il le voulait, je le ramènerai bien avec moi … Il faudrait d’abord lui trouver un nom… Et comme c’est un chat perdu, un naufragé solitaire, un être semi-sauvage et qu’on est jour du poisson… Vendredi… Vendredi ou la Vie Sauvage…  »

Je me rapproche de la porte de la maison, avec lui sur les talons…. Mais, à l’instant où je vais la refermer… Il s’échappe soudainement par l’entrebâillement !… Tant pis, il a fait son choix… De toute façon, j’aurais eu du mal à expliquer ça à Aladin… Et à mes collocs d’avantage…

Ce soir, je m’endors, rêvant à la vie de chat de rue… Demain, je me lèverai plus tôt encore, pour rencontrer Viviane, la fée des chats…

Suivez les palpitantes aventures de notre héros félinophile dans notre prochain épisode, Samedi !

Scribouillé et illustré par 2000

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